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Texte de Christiane Laforge

Lu à la présentation de Gilles Sénéchal

au Gala de l’Ordre du Bleuet, le 3 juin 2017


Bien qu’il ait poussé son premier cri à la clinique Saint-Joseph de Jonquière le 6 avril 1948, Gilles Sénéchal est un véritable Jeannois de naissance. Et pour cause. En 1945, ses parents ont choisi Alma pour y fonder leur famille de 4 enfants. Conclusion heureuse d’une correspondance qui a scellé les liens entre le couple François et Thérèse.


Natif de Sainte-Louise, région de Chaudière-Appalaches, François Sénéchal arrive au Saguenay en 1942 pour travailler en usine tandis que la Seconde Guerre mondiale fait rage. Après la guerre, il devient représentant en assurances, profession qui le passionnera jusqu’en 1994, un an avant son décès. Native de Bic, région du Bas-Saint-Laurent, Thérèse Gagnon, institutrice dans une école de rang et par la suite à l’Orphelinat d’Youville de Québec, quitte l’enseignement pour rejoindre son correspondant et, ainsi que le veut la coutume, mais plus encore l’amour, devenir femme au foyer.


Homme discret, Gille Sénéchal dira de ses proches, nommant Thérèse, Marie-Laure, David-Olivier et ses petits-enfants, qu’ils sont l’amour inconditionnel. De ses études, il avouera que la connaissance n’a pas toujours été facile, mais qu’il y a découvert l’univers passionnant de l’imprimé, de la photographie, de l’histoire, notamment celle de l’art, de l’évolution du monde et des grands artistes. Attiré par le divin et les symboles, il se passionne pour les archives, l’expression, la création, la représentation, la pratique de l’art. Il apprécie l’intelligence et l’ouverture d’esprit.


L’ouverture de l’esprit. Voilà bien la clé de ce personnage qui a dédié sa vie à éveiller ses contemporains à l’éloquence du visuel. Fondateur de la galerie d’art Séquence en 1983, elle-même issue de la Galerie de l’Arche de Jonquière inaugurée en 1975, il a assuré son développement pendant 30 ans à titre de directeur général. Ce centre d’artistes autogérés multidisciplinaires, parmi les tout premiers au Québec, a contribué grandement au développement, à la découverte et à la compréhension de l’art contemporain.


Sous la direction de Gilles Sénéchal, Séquence, d’abord dédiée à la photographie, a élargi ses horizons — et les nôtres — en orientant ses interventions vers les créations multimédias, notamment l’infographie et autres techniques du traitement de l’image.


De Jonquière en 1983 à Chicoutimi en 1988, la galerie est en croissance et acquiert, en 1997, un édifice situé sur la rue Racine, face à la bibliothèque municipale. Un édifice de trois étages, favorable à l’animation artistique de ce secteur moins fréquenté, permettant un partenariat actif avec d’autres organismes culturels incluant l’Université du Québec à Chicoutimi. Intégrer l’art à la vie, à l’espace, préoccupe le directeur général. Tout comme il se soucie des jeunes artistes qui se retrouvent entre deux frontières séparant la fin des études et le début d’une carrière professionnelle. Ses initiatives tentent de construire des ponts entre la relève et les artistes reconnus pour la diversité des disciplines maîtrisées, que l’on pense à Michael Snow, cinéaste, performeur et compositeur, « un artiste-culte dans le milieu canadien de l'art actuel », précisera Gilles Sénéchal, et dont un espace portera son nom dans l’édifice de Séquence.



Suivra le projet Artbus, mettant en vedette les œuvres de jeunes artistes dans l’espace publicitaire des autobus de la Société de transport du Saguenay. Initiative soulignée par le président du Conseil des arts du Canada de l’époque, Jean-Louis Roux, déclarant : « Le décloisonnement entre les diverses formes d'art, entre les artistes et leur public, entre les lieux d'exposition et la cité, est essentiel à l'implantation des arts dans la communauté et favorise une meilleure compréhension des arts de la part de tous ceux et celles à qui il s'adresse. Le métissage des arts et la créativité des artistes de la région saguenéenne, en particulier, trouveront leur parfaite illustration dans cet événement interdisciplinaire en art actuel. »


Loin de s’arrêter à ces initiatives d’envergures, Gilles Sénéchal et son équipe poursuivent leur colossal travail de promotion de l’art. L’invisibilité des œuvres disséminées dans la région, dont la moitié créée grâce au programme de l’intégration de l’art à l’architecture inspire un recueil de 222 pages sous le titre Itinéraires d’une mémoire publié en 2005. Gilles explique la démarche : « Créer un parc conceptuel, à savoir celui de la mémoire des choses qui ont marqué l'Histoire et qui risqueraient, autrement, de sombrer dans l'oubli. Nous l'avons appelé Parc de la mémoire, lieux imaginés. » L'Itinéraire de la mémoire collige 80 œuvres intérieures et 110 extérieures. Chaque page du recueil comprend une photographie de la pièce, précise l'année de sa création, sa nature, les matériaux utilisés, le nom de l'artiste ainsi qu'une brève interprétation de sa démarche. Une mini-carte situe le lieu de son installation et un symbole indique sa disposition, intérieure ou extérieure. Ainsi rassemblées, ces sculptures, murales, peintures, céramiques, illustrent bien l'étonnante richesse de notre patrimoine.


Suivre le parcours de Gilles Sénéchal c’est tout simplement suivre à la trace l’évolution artistique de sa région natale qu’il a su ouvrir à l’international en y conviant des artistes réputés tout en y valorisant la relève. Il est ce qui a été, ce qui est et ce qui sera. Jeune, il rêvait de devenir grand, de vieillir et de vivre le futur afin de voir comment les choses seraient.


Avant le départ à la retraite de Gilles Sénéchal, tout était en branle pour ce futur auquel il aura grandement contribué : soit l’intégration d’Espace virtuel et de Séquence pour inaugurer le 17 octobre 2013, l’ambitieux lieu de diffusion et de soutien aux artistes Centre Bang qui, en janvier dernier, ajoutait à ses fleurons la reconnaissance de résidence internationale du Conseil des Arts et des Lettres du Québec.


Le 3 juin 2017


GILLES SÉNÉCHAL


Fondateur de la Galerie Séquence

Pour sa contribution exceptionnelle

à promouvoir l’art contemporain

sous toutes ses formes


fut reçu Membre de l’Ordre du Bleuet

lundi 16 octobre 2017

        

POURQUOI L'ORDRE DU BLEUET

L'intensité et la qualité de la vie culturelle et artistique au Saguenay-Lac-Saint-Jean est reconnue bien au-delà de nos frontières. Nos artistes, par leur talent, sont devenus les ambassadeurs d'une terre féconde où cohabitent avec succès toutes les disciplines artistiques. Cet extraordinaire héritage nous le devons à de nombreuses personnes qui ont contribué à l'éclosion, à la formation et au rayonnement de nos artistes et créateurs. La Société de l'Ordre du Bleuet a été fondée pour leurs rendre hommage.La grandeur d'une société se mesure par la diversité et la qualité de ses institutions culturelles. Mais et surtout par sa volonté à reconnaître l'excellence du parcours de ceux et celles qui en sont issus.